Les entrepreneurs plus âgés : une force inexploitée pour la stabilité économique à l’échelle mondiale

Les entrepreneurs plus âgés : une force inexploitée pour la stabilité économique à l’échelle mondiale

Les entrepreneurs de plus de 50 ans offrent des opportunités en or pour les économies affaiblies par le vieillissement de la population, selon un nouveau rapport du « Global Entrepreneurship Monitor».

Selon un nouveau rapport du « Global Entrepreneurship Monitor» (GEM), le nombre d’adultes plus âgés travaillant à leur propre compte dépasse celui des jeunes adultes, ce qui suggère que les plus de 50 ans ont encore un rôle significatif à jouer sur le marché du travail dans le monde entier.

Ce rapport spécial de GEM à propos de l’entrepreneuriat des seniors sorti aujourd’hui s’appuie sur des données collectées entre 2009 et 2016 dans 104 pays. L’échantillon comprend 1 540 397 adultes de 18 à 80 ans issus de cinq régions du monde : L’Afrique subsaharienne (AS), le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MOAN), l’Asie du Sud-est (ASE), l’Amérique latine et les caraïbes (ALC) et les pays de cultures européennes (PCE) dont le Canada fait partie.

« Le succès entrepreneurial et la prospérité n’ont pas de limite d’âge », a déclaré Mike Herrington, directeur général du GEM. « Alors que la perception traditionnelle de l’entrepreneuriat est celle d’une activité portée par des jeunes, les données nous montrent qu’à bien des égards, les personnes âgées sont une force entrepreneuriale importante. Mais une force négligée et sous-utilisée. »

Forte majorité d’entrepreneurs seniors dans le monde
Selon le rapport, 18% des adultes entre 50 et 64 ans et 13% de ceux entre 65 et 80 ans sont des travailleurs autonomes, alors qu’ils ne sont que 11% chez les adultes âgés de 18 à 29 ans. 18% des entrepreneurs entre 30 et 49 ans sont des travailleurs autonomes. Pourtant les programmes et les soutiens à l’entrepreneuriat sont le plus souvent mis en place à l’attention des jeunes. Le rapport suggère qu’un soutien spécialisé dédié aux entrepreneurs plus âgés pourrait mener à une plus grande stabilité économique, surtout dans les économies où les entrepreneurs seniors sont sous-représentés.

Moins d’entrepreneurs seniors en Europe
A l’échelle régionale, l’entrepreneuriat senior (entre 50 et 64) en termes d’entrepreneuriat d’intention (défini par le pourcentage de la population adulte se préparant à ouvrir une entreprise dans les 3 prochaines années) et l’activité entrepreneuriale à ses débuts (défini par ceux qui ont ouvert une entreprise depuis moins de 42 mois) sont les plus élevés en l’Afrique Subsaharienne (35%/19%), en Amérique latine (27%/14%), et en MOAN (23%/7%). Le taux le plus bas est détenu par les pays de cultures européennes (6%/4%).

Seulement 14% des seniors en Asie du Sud-est déclarent avoir des intentions entrepreneuriales et 9% sont engagés dans une jeune entreprise.

Ces chiffres sont conformes aux conclusions de GEM selon lesquelles l’activité entrepreneuriale est typiquement plus élevée dans les économies les plus pauvres où les entreprises nécessitent souvent moins de compétence et moins de fonds pour débuter.

Entrepreneurs seniors = stabilité économique
Selon Thomas Schøtt, professeur en entrepreneuriat à l’Université du Danemark du Sud et auteur principal du rapport, les entrepreneurs seniors apportent de nombreux bénéfices économiques, sociaux et environnementaux, si bien que le rapport les prénomme les « Dividendes dorés ». Ces entrepreneurs seniors soulagent aussi l’État des pressions qu’exerce sur lui une population vieillissante et la création d’emplois.

« Chaque travailleur autonome senior est moins susceptible d’être un fardeau financier pour la société en restant actif, en contribuant ainsi à l’économie en payant des taxes. De plus, les entrepreneurs seniors emploient plus souvent dans leur entreprise plus de cinq personnes à la différence de leurs homologues plus jeunes. Ainsi, ils ne créent pas seulement des emplois pour eux-mêmes, mais aussi pour les autres », explique le professeur Schøtt.

Les bénéfices économiques supplémentaires proviennent du fait que les seniors qui investissent de façon informelle, investissent beaucoup plus d’argent par rapport aux adultes plus jeunes. Près des deux tiers (63%) des business angels plus âgés investissent plus que la médiane de l’ensemble des investissements. De plus, les entrepreneurs seniors à travers toutes les phases de l’activité de l’entreprise sont plus heureux dans leur vie privée et leur emploi comparés aux salariés âgés. Cela se traduit par une meilleure santé et moins de demandes aux services sociaux.

Le professeur Schøtt considère que ces conclusions ont une importance particulière toute particulière pour les économies touchées par le vieillissement de la population.

« Avec approximativement 16% de la population mondiale âgée de plus de 55 ans, l’activité entrepreneuriale aux âges plus avancés touche directement 1,2 milliard de personnes, » explique-t-il.
« Le monde commence à prendre conscience que les entrepreneurs seniors, dotés d’une grande expérience de vie et de travail, d’importants réseaux et d’une volonté à rester productifs sont une immense ressource inexploitée. Il est temps que nous arrêtions de penser à cette tranche démographique comme un poids et que nous la reconnaissions plutôt comme un atout et que nous travaillions à faire tomber les barrières pour libérer le potentiel de cette force. Il est impératif pour les gouvernements de créer une structure innovante et inter-institutions pour rassembler les ressources, catalyser la pensée stratégique, prioriser une nouvelle politique et créer des recherches concrètes pour faire progresser ce mouvement», conclut-il.

Conclusions additionnelles du rapport spécial du GEM sur l’entrepreneuriat

  • Les individus plus âgés ont moins confiance en leur capacité à partir pour diriger une entreprise, mais ils sont plus aptes à prendre des risques.
  • Les adultes plus âgés sont légèrement plus souvent des entrepreneurs sociaux que les trois autres groupes d’âge. Cela suggère que ces individus prennent leur retraite de salarié ou d’entrepreneur, mais peuvent continuer à entreprendre avec un objectif plus social ou communautaire en tête. Il s’agit d’une conclusion intéressante puisque l’entrepreneuriat social est plus souvent associé à la jeunesse, plus idéaliste par nature.
  • Le genre a une influence sur le comportement des seniors. Les intentions entrepreneuriales sont les moins élevées parmi les femmes, comparées aux trois autres groupes d’âge, on trouve moins de sept femmes désirant partir une entreprise pour dix hommes dans cette catégorie d’âge.  Les individus plus âgés ont le plus grand écart homme-femme en termes d’activité entrepreneuriale à ses débuts, avec seulement six femmes engagées dans des start-ups pour dix hommes dans ce groupe d’âge.

Un exemple d’entrepreneur canadien

George Rhodey
Executive Vice President at Rhodey & Associates Inc.

George Rhodey , diplômé  de University of Waterloo en chimie Ingénierie, a travaillé dans le secteur des produits chimiques, des engrais, ses explosifs mais aussi dans l’industrie du pétrole au Canada et dans le monde entier se partageant entre la Chine, le Vietnam, l’Équateur ou encore la Colombie. Il est licencié en 1991 à l’âge de 48 ans. Il ne voit pas cela comme une fatalité mais comme une opportunité de réaliser toutes les idées accumulées au fil des années : « je voulais créer un monde meilleur pour mes petits-enfants », explique-t-il.

Depuis, il a mis en place de nombreux projets dans le secteur du pétrole :  un projet technologique qui réduit la viscosité du bitume pour lui permettre de circuler dans les canalisations sans addition de diluant ou un autre projet qui se concentre sur la production de « coke » de pétrole et la récupération de traces de métaux précieux à partir des sables bitumineux. Ainsi, La même technologie peut être utilisée sur le charbon et les asphaltènes pour produire des produits environnementaux et économiques pour la production d’électricité. Depuis, il possède huit brevets dans le monde entier qui permettent à toute usine de raffinerie et de condensat de fonctionner à un taux de rendement nettement plus élevé.

La force majeure de George Rhodey est sa capacité à prendre une idée d’une industrie pour l’appliquer avec succès à une autre industrie totalement différente. « En tant que personne âgée, j’ai accumulé une expérience significative dans de nombreux domaines différents, ce qui me permet de localiser de nouveaux domaines pour l’application des technologies existantes », constate-t-il. Son projet de cavitation est un bon exemple, où il a pris une technologie développée à l’origine pour une utilisation militaire (torpilles) et l’a appliquée à l’industrie pétrolière. Une autre de ses forces est d’aborder les problèmes du point de vue des entreprises, plutôt que de simplement regarder l’axe technologique. Par exemple, pour estimer les coûts d’exploitation et d’exploitation, il inclut l’ingénierie initiale. « D’une façon générale, j’ai une vision beaucoup plus large que les jeunes », considère-t-il.

Même si évidemment certaines personnes pensent qu’il devrait prendre sa retraite, il constate que globalement ses connaissances, son expérience, ainsi que sa perception et sa vison large des problématiques sont toujours appréciées.

Ses conseils pour les futurs entrepreneurs potentiels : « Ne vous concentrez pas seulement sur une chose, mais maintenez plusieurs activités en même temps. Restez actif dans l’industrie et rejoignez autant de clubs que possible pour vous bâtir un solide réseau de contacts. En tant qu’entrepreneurs seniors, n’hésitez pas à provoquer des occasions de conseiller les autres. Et enfin, n’oubliez pas de rester éthique et humble », conclut-il.

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